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Affaire Sansal: Quand médias et État font cause commune face à la liberté d'expression

  • cfda47
  • 22 mars
  • 3 min de lecture

Liberté d'expression face à la raison d'État. Le procès de Boualem Sansal révèle les tensions entre critique intellectuelle et sécurité nationale, dans une affaire où le traitement médiatique semble aussi controversé que les accusations portées contre l'écrivain franco-algérien.

 

Selon les comptes-rendus disponibles, notamment celui du journal arabophone Echorouk, l'audience a duré une vingtaine de minutes. Boualem Sansal est entré dans la salle d'audience sans entraves et a choisi d'assurer lui-même sa défense, ayant renoncé à ses conseils juridiques. Cette décision personnelle contraste avec certaines informations antérieures évoquant des contraintes pour écarter son avocat français François Zimeray.

 

Les accusations portées contre l'écrivain sont multiples et concernent la sécurité nationale, les institutions officielles, l'économie du pays et la possession de contenu audiovisuel jugé problématique. Ces charges découlent notamment de déclarations publiques, dont ses propos tenus en octobre dans le média français d’extrême droite “Frontières” concernant l'ouest algérien, ainsi que de contenus découverts lors de l'examen de ses appareils électroniques.

 

Parmi les éléments évoqués lors du procès figurent des communications avec un membre d'un mouvement considéré comme organisation terroriste en Algérie, des échanges avec un ancien représentant diplomatique français, un texte concernant les forces militaires algériennes, et diverses déclarations médiatiques contestées.


Stratégie de défense et position de l'accusé

 

La défense de Sansal s'articule autour de la reconnaissance de la plupart des propos qui lui sont attribués, tout en contestant leur interprétation juridique. Il affirme que ses communications relevaient de son droit d'expression en tant que citoyen, sans volonté de nuire aux institutions.

 

Concernant son message au diplomate français mentionnant les ressources naturelles et un haut responsable militaire, Sansal a expliqué qu'il exprimait sa satisfaction quant à la situation économique et sécuritaire de son pays, sans intention malveillante.

 

Échorouk, entre journalisme et tribunal médiatique

 

Le compte-rendu d'Echorouk soulève de sérieuses questions quant à l'objectivité journalistique dans cette affaire sensible. La narration adopte un style quasi théâtral pour décrire l'entrée de Sansal, avec une insistance appuyée sur son apparence détendue. Cette mise en scène narrative semble délibérément construite pour orienter la perception du lecteur avant même d'aborder les faits juridiques.

 

Plus problématique encore, le journal affirme que “le Parquet a confirmé que toutes les accusations sont établies contre l'accusé”, une formulation qui présuppose la culpabilité avant le jugement final et contrevient au principe fondamental de présomption d'innocence. Cette confusion entre allégations et faits établis traverse l'ensemble de la couverture, brouillant la frontière entre procédure judiciaire en cours et verdict définitif.

 

Le traitement des arguments de défense de l'accusé illustre également un déséquilibre manifeste. Lorsque Sansal invoque la liberté d'expression, cette ligne de défense est rapidement écartée et qualifiée, selon les termes rapportés du procureur, de “prétexte futile”, sans qu'aucune analyse juridique approfondie ne vienne étayer ce rejet.

 

La question linguistique, pourtant fondamentale dans tout procès équitable, est également minimisée. Quand l'accusé indique ne pas maîtriser suffisamment l'arabe pour s'exprimer pleinement, cette difficulté cruciale pour l'exercice des droits de la défense est traitée comme un détail sans importance.

 

Le ton général du compte-rendu trahit une partialité difficilement contestable. Des expressions comme “allégations empoisonnées” appartiennent davantage au registre du jugement moral qu'à celui du reportage factuel sur une procédure judiciaire, révélant une approche plus éditoriale qu’informative.


Cette affaire s'inscrit en réalité dans un débat bien plus large sur l'équilibre délicat entre liberté d'expression et préservation de la sécurité nationale, une problématique complexe que de nombreux pays, dont l'Algérie, s'efforcent de résoudre dans leurs systèmes juridiques respectifs.

 

Le verdict attendu pour le jeudi 27 mars constituera donc un précédent significatif, non seulement pour l'écrivain personnellement, mais aussi pour la définition concrète des limites de l'expression publique dans le pays. Il pourrait dessiner pour longtemps les contours de ce qui est considéré comme critique légitime ou atteinte à la sécurité nationale dans le débat public algérien.


Sophie K.

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