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Algérie: le congé de maternité au cœur des contradictions législatives

  • cfda47
  • 18 mars
  • 2 min de lecture

Le débat autour du congé de maternité en Algérie prend de l’ampleur, notamment après les récentes instructions du Président de la République appelant à une prolongation de cette période de congé pour les travailleuses. Cependant, selon Amel Hadjadj, présidente du Journal Féministe Algérien (JFA), cette annonce reste insuffisante en l’absence d’une réforme profonde des textes de loi en vigueur.


« Un travail de recherche a été mené en collaboration avec des collectifs féministes afin d’identifier les contradictions législatives qui empêchent certaines femmes de bénéficier pleinement de leurs droits en matière de congé de maternité », explique Amel Hadjadj.

L’une des principales problématiques réside dans l’article 32 du décret 80-87, qui maintient des restrictions contraignantes pour de nombreuses travailleuses.


Face à cette situation, une lettre ouverte a été rédigée et publiée à partir du 8 mars, avant d’être adressée aux autorités compétentes, notamment au ministère du Travail et au ministère de la solidarité et de la Condition féminine. Bien que des accusés de réception aient été obtenus, les associations féministes attendent toujours des réponses concrètes.


Pour Hadjadj, l’un des obstacles majeurs à l’évolution des droits des femmes en Algérie réside dans l’absence de collaboration entre les institutions étatiques, la société civile et les associations féministes.

« Les intervenantes sur le terrain sont en contact direct avec les femmes victimes de violences, elles relaient leurs cris d’alarme, mais ne sont pas suffisamment écoutées », déplore-t-elle.

Si la ministre de la Solidarité et de la Condition féminine évoque une stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Hadjadj insiste sur la nécessité d’intégrer les recommandations des associations, qui rencontrent des difficultés croissantes pour agir efficacement. « Ce n’est pas un problème de bonne foi, mais de manque d’écoute et de partage d’expériences », ajoute-t-elle.


Au-delà des aspects législatifs, Amel Hadjadj pointe du doigt la responsabilité des médias dans la perpétuation des stéréotypes de genre.

« Il est incohérent que des chaînes de télévision continuent de banaliser les violences faites aux femmes tout en véhiculant l’image d’une femme soumise, non reconnue comme citoyenne à part entière », critique-t-elle.

Pour la militante, l’espace médiatique algérien reste largement fermé aux voix féministes. « Nous manquons d’espaces d’expression et de relais médiatiques. Lorsque nous tentons d’aborder ces sujets, nous sommes soit censurées, soit absentes des débats publics », regrette-t-elle.

C’est justement pour pallier cette absence que le Journal Féministe Algérien a été créé :

« Nous voulons parler de nous-mêmes, pour nous-mêmes, car nos luttes et nos revendications restent invisibilisées », affirme-t-elle.

Si les instructions du Président de la République constituent une avancée, elles restent, selon Hadjadj, insuffisantes tant qu’elles ne seront pas suivies d’actions concrètes. « Il faut des réformes législatives, un véritable travail interministériel et une implication active des associations féministes », martèle-t-elle. Pour l’heure, la balle est dans le camp des autorités, mais les militantes restent en attente de mesures tangibles.




Tania Aksel

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