Le pouvoir d’achat en Algérie: entre “mesures officielles” et “réalités du quotidien”
- cfda47
- 27 mars
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Dernière mise à jour : il y a 18 heures

Le pouvoir d’achat des Algériens est au cœur des préoccupations économiques et sociales du pays. Alors que le gouvernement multiplie les mesures pour préserver le niveau de vie des citoyens, la réalité quotidienne des ménages algériens reste marquée par des difficultés persistantes, notamment en raison de la flambée des prix des produits de consommation courante.
Face aux défis économiques, le gouvernement algérien an mis en place une série de mesures visant à atténuer l’impact de l’inflation et à soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Parmi les initiatives annoncées dans le projet de loi de finances 2025, plusieurs décisions ont été prises.
Le soutien au logement passe par la prise en charge par le Trésor public des intérêts des prêts pour les logements en location-vente. Des abattements sont également proposés aux bénéficiaires du programme AADL 3 souhaitant solder leur logement par anticipation. Ces mesures ont pour objectif d’alléger le fardeau du logement, qui demeure une préoccupation pour de nombreuses familles.
Les crédits à la consommation sont désormais autorisés, permettant aux banques d’octroyer des prêts aux ménages pour financer l’achat de biens et services essentiels. Ces crédits concernent notamment les domaines de la santé et des voyages.
L’État a prolongé jusqu’à fin 2025 l’exonération de la TVA sur certains produits alimentaires, notamment les viandes blanches congelées, les légumes secs, le riz, les œufs et la volaille produite localement. Ces mesures visent à stabiliser les prix des produits de base qui représentent une part importante du budget des ménages.
Selon Kamel Meraghni, directeur général de la prévision et des politiques au ministère des Finances, le revenu disponible des ménages algériens est passé de 14 851 milliards de dinars en 2019 à 22 710 milliards de dinars en 2024.
Cette évolution semble indiquer une amélioration du pouvoir d’achat. Toutefois, cette augmentation nominale des revenus est largement absorbée par la hausse des prix des produits alimentaires et des services essentiels.
Dans les marchés et les grandes surfaces, les citoyens constatent une augmentation continue des prix. La viande rouge devient un luxe, Avec des prix pouvant atteindre 3 500 à 4 500 DA/kg, la viande bovine est désormais hors de portée pour une grande partie de la population.
« Avant, on mangeait de la viande au moins une fois par semaine. Maintenant, c’est une fois par mois, et encore », témoigne Farida, mère de famille à Alger.
L’huile et les légumes, toujours plus chers, Malgré les exonérations de TVA, les prix des produits de base continuent de grimper. Un sac de pommes de terre, qui se vendait à 50 DA/kg en 2022, dépasse aujourd’hui les 120 DA/kg. Le lait subventionné reste difficile à trouver dans de nombreuses villes, obligeant les familles à se tourner vers du lait en poudre ou des marques plus chères.
« Il faut se lever à l’aube pour espérer acheter un sachet de lait subventionné, sinon on doit payer trois fois plus cher pour du lait en boîte », explique Ahmed, retraité à Alger.
Si certaines mesures gouvernementales ont permis d’atténuer les effets de la crise, la réalité sur le terrain reste marquée par une frustration grandissante des citoyens. Les salaires ne suivent pas le rythme de l’inflation et les familles doivent faire des arbitrages douloureux pour boucler leurs fins de mois.
La situation est d’autant plus préoccupante que le coût de l’éducation et de la santé continue d’augmenter. De nombreux ménages se plaignent du prix élevé des fournitures scolaires, tandis que les médicaments restent hors de prix, même pour des traitements courants.
Le mécontentement face à cette situation pousse certains jeunes à envisager l’émigration clandestine. Le phénomène des harraga, ces jeunes qui tentent de traverser la Méditerranée en quête d’un avenir meilleur, est une conséquence directe du manque de perspectives économiques.
Si les décisions gouvernementales en matière de fiscalité et de subventions constituent des tentatives pour soulager les ménages, elles ne suffisent pas à résoudre les problèmes structurels qui affectent le pouvoir d’achat.
Le pays reste confronté à une dépendance aux hydrocarbures, à une production agricole insuffisante pour répondre aux besoins de la population et à un manque de diversification économique. Sans une réforme plus profonde du marché du travail et du secteur de la distribution, les citoyens risquent de continuer à subir une détérioration de leur niveau de vie.
Dans l’attente de changements plus significatifs, les Algériens doivent s’adapter à une économie où le coût de la vie augmente plus vite que leurs revenus, les forçant à revoir leurs habitudes de consommation et leurs ambitions pour l’avenir.
Yacine M
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