top of page

«Rester fermes face à l'oppression»: l'appel de Me Allili aux femmes algériennes pour une résistance sans peur

  • cfda47
  • 6 mars
  • 4 min de lecture

À l'approche de la Journée internationale des droits des femmes, Me Yamina Allili, avocate et militante des droits humains, lance un appel puissant pour une résistance sans faille face à un système qui cherche systématiquement à faire taire les voix féminines en Algérie.

 

« Ces dernières années, la situation des femmes en Algérie s'est considérablement détériorée. Depuis 2019, notamment après le Hirak populaire, nous avons assisté à une vague d'arrestations répétées et quotidiennes visant des femmes, dont certaines ont été condamnées à plus d'un an, voire jusqu'à trois ans de prison, simplement pour avoir exprimé leurs opinions, notamment sur les réseaux sociaux » , constate l’avocate avec regrets, dans un entretien exclusif à Radio Des Sans Voix.

 

Dans un contexte où « la fermeture des espaces publics et l'interdiction des rassemblements populaires et des manifestations pacifiques » est devenue la norme, Me Allili souligne que «  les réseaux sociaux sont devenus le seul moyen d'exprimer des idées, de partager des opinions et de débattre de sujets politiques, sociaux et économiques » . Mais même cet espace virtuel est aujourd'hui «  surveillé et réprimé, mettant en danger toute voix dissidente. » 

 

L'arsenal juridique détourné contre la liberté d'expression

 

Me Allili dénonce l'utilisation abusive de plusieurs dispositions du code pénal algérien régulièrement invoquées contre les voix dissidentes. Elle cite notamment l'article 100 relatif à l'incitation à attroupement, l'article 144 concernant l'outrage au président de la République, l'article 146 punissant l'insulte envers une institution ou un organisme public, ainsi que l'article 196 bis sanctionnant la diffusion de fausses nouvelles ou d'informations malveillantes.

 

Elle explique que «  nous retrouvons systématiquement ces articles dans les dossiers judiciaires, souvent appliqués de manière abusive, notamment l'accusation de diffusion de fausses nouvelles, même lorsque les faits rapportés sont avérés. » 

 

L'avocate dénonce une contradiction flagrante : « D'un côté, la liberté d'expression est censée être garantie ; de l'autre, toute personne exprimant une opinion critique se retrouve poursuivie » . Elle précise que «  ce qui se passe en réalité, c'est une utilisation sélective et arbitraire de la loi, où les accusations sont manipulées pour justifier des poursuites judiciaires, même lorsque les faits ne correspondent pas aux dispositions légales invoquées. » 

 

Des femmes emprisonnées pour des “délits d'opinion

 

L'avocate révèle qu'il est devenu «  impossible d'obtenir un chiffre exact sur le nombre total de détenues d’opinion actuellement dans les prisons à l'échelle nationale » . Néanmoins, elle met en lumière plusieurs cas emblématiques qui illustrent cette répression ciblée. Parmi ces cas figure celui de «  l'universitaire Mira Moknache, emprisonnée à cause de ses publications sur les réseaux sociaux »  qui, «  depuis le 18 juillet 2024, est détenue à la prison de Koléa. » 

 

S'ajoute à cela l'exemple de «  Kamira Nait Sid, qui a purgé une peine de trois ans d'emprisonnement pour les mêmes motifs, simplement parce qu'elle était présidente du Congrès Mondial Amazigh » . Face à cette situation, Me Allili s'interroge avec indignation : «  Est-ce une raison valable pour l'inculper ? Pourtant, elle a été poursuivie en vertu de l'article 87 bis du code pénal relatif au terrorisme. » 

 

L'avocate évoque également le cas de « notre amie et militante Hammas Fadila [qui] a été placée en garde à vue pendant quatre jours dans les locaux de la sûreté de wilaya »  à Tizi Ouzou. « Et lorsqu'elle a été présentée devant le tribunal, qu'a-t-on trouvé dans son dossier ? Rien d'autre que des opinions ! Son seul crime était d'avoir soutenu des prisonniers d’opinion. » 

 

Une double répression contre les femmes algériennes

 

Me Allili dévoile une réalité particulièrement cruelle qui frappe les femmes en Algérie : «  La femme algérienne est aujourd'hui confrontée à une double forme de répression ». Cette oppression «  se manifeste d'abord sur le plan politique, où sa participation à la vie publique est entravée par l'usage des lois et du système judiciaire » . Parallèlement, « elle subit une seconde forme de répression sur le plan social, où ses prises de position courageuses sont considérées comme une transgression des rôles traditionnels qui lui sont imposés.»

 

Elle rappelle l'héritage important qui anime leur combat : «  La femme algérienne, qui a hérité de son courage de ses aînées ayant combattu durant la guerre de libération, continue aujourd'hui de lutter pour un avenir meilleur pour le pays, ainsi que pour la dignité et la liberté dans tous les domaines. » 

 

Cependant, ce combat l'a rendue «  de plus en plus ciblée, soumise à des pressions croissantes visant à la réduire au silence et à l'empêcher de participer à la vie politique et d'exprimer ses opinions dans les débats publics. » 

 

Un appel à la résistance collective


À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Me Allili appelle à «  faire entendre nos voix, non seulement pour célébrer les femmes, mais pour défendre activement leurs droits et dénoncer toute tentative d'étouffer leur combat légitime pour la liberté et l’égalité. » 
 Elle déplore qu’ « au lieu de célébrer leurs accomplissements, nous nous retrouvons une fois de plus à dénoncer la répression et les restrictions qui leur sont imposées en Algérie, notamment en matière de liberté d'expression et de participation politique. » 

 

Face à cette répression croissante, Me Allili appelle les femmes algériennes «  à rester fermes et à poursuivre leur lutte sans peur » , déterminée à continuer de défendre celles dont «  la réalité quotidienne montre que toutes les femmes arrêtées ou poursuivies en justice le sont uniquement pour avoir exprimé leurs opinions. » 

 

Sophie K.

Comments


bottom of page